Et oui, depuis la fin du mois de janvier, le matériel est
rangé et pour la première fois, cette année, nous avons poussé un « OUF ! » de soulagement, nous avions hâte que cette saison se termine.
En fait, la recherche au sang c'est comme la vie en général, il y a des
hauts et des bas, des peines et des joies, des saisons avec et des saisons sans. Celle de 2011-2012 a apporté pour nous son lot de difficultés.
Le bilan final des animaux recupérés est faible en ce qui nous concerne, nous avons
parcouru beaucoup de kilomètres derrière des animaux encore bien trop souvent tirés sur le tiers avant, avec pour conséquence, des balles de mâchoire, de gorge ou d'apophyse qui les font aller
loin et rendent difficiles nos interventions. Qui plus est, dans la plupart des cas, ces blessures entraînent leur mort à plus ou moins long terme.
Le Le sanglier ci-dessous a eu «la chance» si l'on peut dire, de croiser la route d'un de
nos amis (un autre Michel) conducteur de Haute-saône alors qu'il rentrait de recherche. La blessure a été estimée à une quinzaine de jours, il déambulait le long d'une route. Nous en avons déjà
parlé, mais ces images « choc » sont comme une piqûre de rappel qui est de temps en temps nécessaire.
Depuis plusieurs années, lors de nos différentes interventions auprès des acteurs du monde
de la chasse, nous martelons et martèlerons encore que le tir de cou ou de tête ne devrait résulter que d'un tir accidentel. Lorsqu'on décide d'appuyer sur la queue de détente il faut le faire
pour tuer. Le projectile doit atteindre la zone du coffre et rien d'autre. Il va alors endommager gravement un organe vital (coeur, foie, poumon,etc...) et provoquera inévitablement une
hémorragie plus ou moins rapide entraînant son incapacité à fuir très loin pour qu'il puisse être récupéré. En outre, cette partie médiane de l'animal offre la plus grande surface alors pourquoi
s'en priver. Bien évidemment une balle qui frappe la tête au niveau de l'oreille ou fracasse la colone vertébrale va tuer net, mais combien de tireurs sont capables de réaliser ce tir
?
Une multitude de facteurs entrent en jeu, à commencer par la possession d'une carabine
bien réglée, une courte distance et du sang froid. Tirer n'est pas un jeu ou un amusement pour épater les copains, sinon, il faut aller au stand ! Et, justement, le stand, beaucoup d'entre nous
seraient bien inspirés de le fréquenter au moins une fois par an, en début de saison par exemple ou en cas de doute afin de vérifier les réglages. En fait, cette précaution devrait devenir
obligatoire lorsqu'on posséde un organe de visée tel que lunette ou point rouge.
Si vous en doutez, nous vous proposons à la fin de ce récit, un article résultant d'une
étude de l'ANCGG. Vous verrez, c'est édifiant.
En résumé, si pour certains cela paraît une évidence, pour d'autres, malheureusement de
plus en plus nombreux y compris chez les jeunes qui ont pourtant reçu une formation, force est de constater qu'il y aura toujours des imbéciles - n'ayons pas peur des mots - qui pour des raisons
diverses visent la tête ou le cou.
Est-ce une question d'orgueil pour se glorifier d'avoir placé «une bonne balle», est-ce
une question de venaison ? Les deux certainement, peu importe, en tout cas dans la plupart des cas, la balle atteint la mâchoire, l'oesophage ou le haut du cou et là, pas la peine de vous faire
un dessin !
Ci-dessous la photo d'une bête victime d'un tir d'apophyse datant au minimum d'une
semaine. Les chiens du traqueur qui nous a envoyé la photo l'ont tenue au ferme, la fièvre générée par blessure l'empêchait de courir. Elle a été bloquée par les chiens et déclarée
inconsommable.
Forcément, dans ces cas de blessures, nous faisons un maximum pour tenter de retrouver
l'animal, mais forcément aussi, de son côté, il fera tout pour nous échapper, ses membres et tous ses organes vitaux sont intacts alors ce sont de longues recherches sur plusieurs kilomètres qui
nous conduisent à un moment ou à un autre à arrêter le chien parce que nous savons que l'animal sera imprenable.
Pour de nombreuses recherches nous n'avons comme indices que du poil et du sang et souvent
le tireur ne peut pas donner d'indication sur la réaction du gibier. Il a seulement vu du sang en contrôlant son tir, quand ce contrôle est fait évidemment, ce qui n'est pas toujours le cas.
Souvent nous sommes tentés d'arrêter au bout d'un ou deux kilomètres en disant « il doit être simplement éraflé, il s'en sortira ! ». En réalité, on n'en sait rien, impossible
d'émettre une quelconque hypothèse alors, comme le chien travaille, nous continuons en ayant toujours l'espoir d'entrer en contact avec lui ou qu'il nous montre des signes de faiblesse en évitant
certains obstacles. Même après plusieurs kilomètres nous aurons toujours un doute sur la gravité de la blessure tant les animaux sauvages sont résistants comme nous l'a encore une fois enseigné
la recherche vécue au mois d'octobre dernier (article « Incroyable mais vrai !).
Nous essayons pourtant de tout faire comme cette année où, par exemple, nous sommes
intervenus sur un très gros sanglier avec la mâchoire cassée : il prenait tous les chemins, toutes les voies claires pour éviter de se faire encore plus mal. Nous avons pu le relever (sans
le voir) au bout de 5 km. Il a pris la direction d'une chasse privée dont on nous a dit qu'elle ne serait pas chassée avant plusieurs semaines. Nous avons donc pris la décision de poursuivre le
lendemain matin dans l'unique but de le chasser de cette zone. Après plus de trois heures et environ la même distance que la veille, nous l'avons de nouveau mis debout, là encore sans le voir,
mais l'objectif était atteint car après plusieurs centaines de mètres de poursuite, il a pénétré sur un autre territoire où la pression de chasse est plus régulière, en espérant qu'il soit
rapidement euthanasié.
Nous savions pertinemment qu'en poursuivant cette recherche le lendemain nous ne pourrions
pas « prendre » cet animal. Notre seul souhait était qu'il fuie vers un secteur chassé. Au regard des résultats c'est bien entendu un échec pour notre équipe puisque nous ne récupérons
pas le sanglier, mais nous avons rempli notre rôle en évitant qu'il ne reste cantonné dans un secteur où il aurait été abandonné à son triste sort pendant peut-être une longue durée. C'était la
seule solution puisque nous ne pouvions pas le récupérer nous-mêmes.
Comme le disait Jean SIMON, le: « il risque plus que moi » devrait être
pénalisé.
Il faut retenir que pratiquement toutes les balles de mâchoire, gorge ou apophyse donnent
lieu à l'abandon de la recherche après de nombreux kilomètres.
De même, les chevreuils tirés à plomb à trop longue distance sont souvent difficiles à
retrouver par manque de sentiment pour le chien et là encore nous avons arrêté des recherches sans aucune idée de l'importance des blessures occasionnées. Un peu de baume au coeur tout de même en
fin de saison avec un chevreuil tiré à plomb que deux chiens courants avaient mis au ferme puis certainement tué car l'un d'eux est revenu avec du sang sur son pelage. A la suite d'un appel
tardif du tireur qui l'a cherché toute la journée avec ses amis, nous avons entamé la recherche quasiment 24 heures après. Volga a dû déployer tout son talent et toute sa ténacité (elle a perdu
le pied pendant plus d'un quart d'heure) pour nous conduire à ce magnifique brocard mort depuis la veille. Cela reste exceptionnel car la plupart de nos recherches sur chevreuil tiré à plomb
(Territoire de Belfort) sont vouées à l'échec.
Malgré tout, les appels pour rechercher les chevreuils sont de plus en plus nombreux,
c'est un point positif qui mérite d'être souligné, car il y a quelques années cette espèce était souvent négligée. Certains chasseurs nous avaient même demandé à l'époque si nous intervenions
aussi sur les chevreuils.... Ca en dit long quand même, non ? Mais au moins, les choses ont progressé de ce côté là.
Bon, bref, cette saison ne restera pas dans les annales. Imaginez que nous avons enchaîné
trois semaines d'affilée (environ 15 interventions) sans pouvoir récupérer un seul animal, le moral en prend un coup. Alors, terminons ce paragraphe avec un peu d'humour et l'explosion de joie
incontrôlée qui s'ensuit lorsque, en cette fin d'après-midi, après deux heures de recherche et une en poursuite, la poisse s'arrête enfin. La veste témoigne des séances de «ramping» répétées...
ces moments là ne s'inventent pas !
Enfin pour clore définitivement ce chapitre, nous ne garderons que les bons moments vécus
au cours des diverses sorties et surtout le travail phénoménal que sont capables d'accomplir les chiens en toutes circonstances. Volga et Thaïs sont devenues des horloges, notre rôle se cantonne
maintenant à les conduire sur place et à les suivre. Nous ne regardons même plus s'il y a des indices ou pas, nous suivons. Quant à Falko, il devra attendre encore un peu avant de leur arriver à
la cheville. On ne devient pas chien de sang du jour au lendemain mais nous savons que le «déclic» va se faire, il faut être patient. Il vient seulement d'avoir deux ans. Nous estimons que deux
ans encore seront nécessaires pour qu'il abandonne définitivement l'appétence que lui procurent les voies chaudes.
Nous garderons aussi le souvenir de cet énorme sanglier qui a attendu que nous soyons à
moins de dix mètres de lui pour qu'il décide de démarrer sous des orties, dans un fracas de branches et disparaître avant même que nous ayons pu dire ouf ! Il a dégagé à cet instant une
impression de puissance insoupçonnable, nous sommes restés comme deux ronds de flanc (non trois, avec l'accompagnateur) Une pensée furtive a ensuite traversé nos esprits : « heureusement il
n'est pas venu vers nous, sinon, il allait nous imposer un exercice de haute voltige pas vraiment désiré... ». Mais quel spectacle !
En ce qui nous concerne, cette année, il n'y a pas eu de casse, par contre, il n'en a pas
été de même pour notre ami et voisin du Doubs Jean-Noël BOILLON. En effet, en novembre dernier, au cours d'une recherche périlleuse sur sanglier, une pierre a cédé sous son pied occasionnant une
chute de 30 mètres. Le bilan est assez lourd au niveau des fractures. La chance dans son malheur, si on peut dire, c'est la carabine qu'il portait dans le dos (fracassée en plusieurs morceaux)
qui lui a, selon le chirurgien, sauvé la vie en protégeant sa colonne vertébrale. En chutant, Jean-Noël a eu le réflexe de lâcher la longe, évitant ainsi à son teckel de subir le même sort que
lui. Depuis, il est quasiment remis et prêt comme au début à reprendre les recherches.
La trêve, c'est aussi le début des diverses interventions que nous faisons maintenant de
façon systématique auprès des associations spécialisée telles que l'ADCGG 90. Les chiens sont toujours de la partie et ce soir là, Falko a pris un grand intérêt à suivre le cours sur l'UNUCR et à
l'issue de la séance, il n'a pas oublié de remercier chaleureusement à sa façon, le président de l'avoir invité...Merci Gérard !
Outre les formations, il y a aussi l'assistance à la FDC90 pour les divers comptages de
gibiers, manifestement, Théo, notre fidèle accompagnateur, préfère ceux de jour à ceux de nuit...
Théo à mi-parcours du comptage de nuit...
L'inter-saison, c'est évidemment la reprise des entraînements pour les jeunes chiens. Nous
espérons toujours voir arriver de nouveaux conducteurs pour renforcer notre petite équipe. Cette année, notre voeu va peut-être s'exaucer puisque Raphaël et Gipsy, suivis de Patrice et Messie ont
décidé de franchir le pas en s'inscrivant à l'épreuve. Ce sera au mois de mai, normalement les chiens sont prêts, il n'y a plus qu'à croiser les doigts.
N'oublions pas les excellents résultats en épreuve sur lièvre pour Gipsy avec un premier
prix, ainsi que pour Gianna et Xavier qui nous accompagnent quelquefois au parc à lièvres.
Martial est déjà passé par là en décrochant la timbale avec Ghemme. Cerise sur le gâteau,
ils ont été élus meilleur tandem du jour. Bravo et surtout bonne chance pour les recherches cette année !
Nos pensées accompagneront également Sandrine et Fidji du département de la Gironde ainsi
que Xavier et Erwen de Montpellier. Nous suivons l'évolution du travail de leurs chiens depuis maintenant plus d'un an. Ceci a donné lieu à une multitude d'échanges de mails, de coups de
téléphone et de visionnages de vidéos. C'est grâce à ce blog qu'il ont décidé d'aller au stage UNUCR et de former un chien, alors nous attendons avec impatience les résultats de l'épreuve qu'ils
passeront en mai pour l'un et juin pour l'autre.
Erwen
Xavier avec un conducteur agréé de son secteur qui lui a retrouvé son
brocard
Nous n'oublions pas non plus Catherine, des Vosges, qui passe cette année l'épreuve avec
la petite Goodlux pour suivre les traces de « Madame Sérusé ».
La trêve sera de courte durée puisque le 15 avril débutera la période des tirs d'affût en
Alsace et par voie de conséquence la reprise des recherches, à un rythme tout de même moins soutenu que pendant la grande saison.
Pour terminer sur un petit clin d'oeil, disons que le mois d'avril, c'est le mois des
carnavals et, comme vous pouvez le constater, Thaïs s'est déguisée à sa manière... Nous tenons tout de même à préciser que toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé n'est que
pure coïncidence et que nous ne sommes pour rien dans le choix de son déguisement !
Enfin, cette année, nous rejoindrons l'équipe d'encadrement pour les deux stages de
formation UNUCR qui se dérouleront en Auvergne et en Lorraine.
Voilà, pour clôturer définitivement ce petit article destiné à vous donner quelques
nouvelles, nous remercions l'ensemble des visiteurs qui ont pris la peine de nous lire. A ce jour, la barre des 10 500 est dépassée avec plus de 45 000 pages lues. Merci à vous
tous.