Après 900 km, 12 heures de route et pas moins de 33 tunnels traversés (le plus long 6400 m), nous voici revenus de Knappenberg, petit village Autrichien situé à 1100 m d'altitude dans la province de Carinthie. Nous nous y sommes rendus pour participer, en ce week end du 29 et 30 août, au championnat d' Europe de recherche au sang sur piste artificielle organisée par la Welt Union Teckel (WUT).
19 chiens sont engagés, 4 en 40 heures et 15 en 20. Les participants à 20 H dont nous faisons partie ont été partagés en deux groupes, le premier formé de 8 chiens débutera le dimanche à 8H30, le second (7) à 10H00. Nous disposons d' une heure trente maximum pour effectuer le parcours et nous aurons 5 indices à ramener (petites rondelles de bois portant le numéro de piste et l'ordre de mise en place). Changes possibles sur cerf, chevreuil, renard, lièvre, mais pas ou peu de sanglier.
Les pistes d'environ un kilomètre, 25 cl de sang de chevreuil et trois angles, ont été tracées le samedi à 10H30 sous une pluie diluvienne entremélée d'orages qui a duré toute la journée. Vous imaginez aisément la mine affichée par
les concurrents et les organisateurs qui pensaient tous aux conditions de travail pour les chiens le lendemain. Néanmoins, le retour au calme était prévu dans la nuit.
Evidement, tous les conducteurs souhaitaient faire partie du deuxième groupe car le soleil serait plus haut et entraînerait ainsi des émanations plus fortes.
Pour Volga et moi, le tirage au sort en a voulu autrement, j'ai obtenu la piste n° 8, donc premier groupe. Toutes les pistes se trouvent en milieu accidenté avec de fortes pentes, on ne peut pas
dire que l'une ou l'autre soit plus facile, tout le monde est logé à la même enseigne, c'est déjà bien.
A 8H30 précise, le juge, chronomètre en main, me laisse au départ. Il tente de m'expliquer deux trois choses, je le rassure en lui disant que je ne comprends
pas l'Allemand, mais que Volga le parle couramment (normal !). C'est trés
pentu, les sapins très espacés, je me dis que la pluie de la veille est arrivée au sol sans obstacle....Bon on verra bien, les dés sont jetés......
La chienne prend connaissance de l'anschuss et démarre rapidement comme à l'accoutumée. Au bout d'une cinquantaine de mètres
d'ascension, je comprends qu'elle est déjà en défaut, mais cette petite chienne est vaillante, obstinée, je la laisse faire et ne peux que lui faire confiance. Au bout de 5 minutes, je lui pose
la traditionnelle question : « tu es au sang Volga ? » Non, me fait-elle comprendre en relevant le nez et c'est au pas de course qu'elle redescend au point de départ entraînant pour moi
la première « gamelle » (il y en aura d'autres) et le premier essoufflement qui, lui, sera quasi permanent. Le doute s'installe aussi : « va t'elle pouvoir travailler
? »
Quelques secondes pour mieux s'imprégner des odeurs et nous voilà repartis. Je lui laisse toute la longueur de la longe pour lui faciliter les écarts de quelques mètres qu'elle peut avoir besoin de faire, quant à moi, je scrute le sol de tous les côtés. En 5 minutes nous arrivons au sommet, ouf ! Volga semble être « bonne » car un chevreuil détale devant nous et elle ne s'en occupe pas. Un peu de plat, une sapinière dense et des framboisiers puis début d'une progression en travers de pente et là, au pied d'un sapin, un des indices que je m'empresse de ramasser. Vu la distance que nous venons de faire je pense que c'est le n° 2, j'ai du louper le n° 1. Mais non, c'est bien le 1, re ouf ! Je félicite Volga qui doit se demander si je suis tombé sur la tête de me réjouir qu'elle m'ait conduit à une rondelle de bois en recherche au sang..............!
Quelques dizaines de mètres plus loin, plus rien, alors elle monte, descend, fait les arrières et enfin elle repart tout droit tambour battant, je n'ai pas besoin de lui parler, je suis simplement un spectateur privilégié de cet acharnement au travail dont font preuve tous les chiens de sang. Je ne m'occupe plus d'elle, je scrute devant, à droite à gauche et c'est ainsi qu'on trouve les indices 2, puis 3, puis 4. Je me dis alors c'est gagné, la chienne ne faiblit pas, il doit rester 200 mètres maxi. A la sortie d'une sapinière, le vent est de face, Volga lève le nez et part en courant, on est certainement pas loin du but, elle a éventé la peau de chevreuil placée en bout de piste. Bien, mais il me manque l'indice n° 5.
Alors, je la bloque et la ramène rapidement à la sapinière, ça monte terriblement, mes
poumons sont prêts à exploser mais elle comprend ce que je veux. Son nez recolle à la voix, nous gardons cette fois le travers de la pente mais au bout d'une centaine de mètres, la tentation est
trop forte, elle lève de nouveau le nez, tant pis, je capitule et lâche la longe. Cinquante mètres plus loin, Volga se débat avec la peau sous les applaudissements du juge Ernest RITTSTEIGER un
homme extrêmement charmant, membre du club du teckel Autrichien.
Nous savourons ensemble cet instant de bonheur, la conversation se fait dans un mélange d'Allemand, d'Anglais et de Français........mais nous nous comprenons. Il est tout fier de me montrer le
chronomètre, 27 minutes et 26 secondes. Un regret néanmoins pour moi, car lui me dit que ce n'est pas grave, l'indice n° 5 doit se trouver entre la fin de la sapinière et la
peau.
A 10 h, nous retrouvons les autres concurrents du premier groupe, pour l'instant nous sommes largement en tête, mais comme je l'avais préssenti, à midi, c'est la désillusion avec le retour du
deuxième groupe, les résultats s'affichent : 9 réussites et 6 échecs pour les 20 heures et 3 très honorables réussites pour les 40 heures (classement à part).
1ier, un Allemand en 15 minutes et 5 indices
2 ième, un Espagnol en 50 minutes et 5 indices
3ième, un Autrichien en 59 minutes et 5 indices
4ième, nous
en 27 minutes et 4 indices
Nous partageons le repas dans la joie en consolant ceux qui n'ont pas réussi. Les conversations sont animées, c'est un mélange de plusieurs langues dont la mienne (très personnelle), une sorte d'Espéranto accompagné de gestes plus ou moins larges en fonction de l'importance de l'évènement...........qu'il faudra peut-être faire répertorier tant elle est internationale........... Si, si, c'est pas une plaisanterie !
Vers 18 heures, à l'issue d'une cérémonie de clôture très solennelle, ne pouvant contenir
cette idée fixe, je prends
la voiture et me rend de nouveau sur ma piste n° 8. Il faut que
je sache où est cet indice n° 5. Volga doit comprendre. Nous reprenons depuis cette fameuse sapinière et en trois minutes, l'indice manquant est là, posé dans un fossé à côté d'un champignon, à
trente mètres seulement de l'endroit où se trouvait la peau. M...........!
Ce fut une expérience partagée avec des gens de tous bords passionnés de Teckels et de recherche au sang.
Je suis fier de Volga, elle le sait. Avec le recul, et la lecture des résultats, je me suis dit que je disposais de plus de 20 mn pour accéder à la deuxième place et trouver ainsi le 5ième indice, mais arrivé à la peau, c'était trop tard, le chrono était arrêté, de toute façon, je n'y ai même pas pensé, j'ai juste regretté de ne pas l'avoir trouvé. Alors j'ai fait un nouveau classement (juste pour nous deux, faut pas le répéter), Volga 2ième et moi 4ième.
Enfin, c'est une aventure qui mérite d'être vécue, elle est vraiment complète pour le tandem homme/chien ; alors soyons sportifs, il faut bien le reconnaître, les meilleurs sont montés sur le podium.
Nous avons tous chaleureusement remercié les organisateurs pour la qualité de leur accueil et leur immense sens de la convivialité.
Il y a tout de même eu 3 réussites sur 4 en 40 H et 9 sur 15 en 20 H, alors saluons le travail des chiens qui ont opéré dans des conditions difficiles, loin de leurs biotope habituel ; ils ne se
sont posés aucune question, ils ont travaillé, comme à la maison.
Michel
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"Le fondement des
droits des animaux devrait être la règle d'or : nous devons les traiter comme nous aurions aimé l'être si une quelconque autre espèce avait joui de notre position
dominante."