Partager l'article ! Il l'a bien mérité !: Suite au décès de Jean, nous avons attendu quelques jours avant de vous raconter les recherches de la sem ...
"Le fondement des
droits des animaux devrait être la règle d'or : nous devons les traiter comme nous aurions aimé l'être si une quelconque autre espèce avait joui de notre position
dominante."
Christine Stevens, fondatrice de l'Animal Welfare Institute
QUELQUES MOMENTS DE LA VIE DE 2 CONDUCTEURS PASSIONNES PAR LA RECHERCHE DU GIBIER
BLESSE...
Suite au décès de Jean, nous avons attendu quelques jours avant de vous raconter les recherches de la semaine passée. Après un dernier adieu à notre ami, hier, à Saint Dié des Vosges, nous reprenons doucement le fil des récits avec une boule dans la gorge car il ne sera plus là pour nous rassurer ou répondre à nos interrogations. Mais qui sait, là haut il y a peut être internet...
Il l'a bien mérité !
Oui, il l'a bien mérité son premier brocard. Thibaud est un petit bonhomme qui vient tout juste d'obtenir son permis de chasser. Il ne manquerait pour rien un rendez-vous de chasse et ce matin du 18 septembre il fallait vraiment avoir envie pour y aller ! En effet, un vent violent venant de l'ouest déverse des trombes d'eau sur nos têtes.
C'est donc sous les cirés que la dizaine de chasseurs prend les consignes pour la journée. Nous sommes dans une petite ACCA du Territoire de Belfort limitrophe avec la Haute- Saône.
Peu de temps après le début de la première traque, Florian abat un renard et dans la foulée un sanglier mâle de 85 kg qui suivait le goupil. Comme quoi les idées reçues !
Nous aurons vu quelques chevreuils, des faisans et une belle compagnie de perdrix. Au fur et à mesure de l'avancée de la matinée, le ciel se dégage grâce au vent qui ne faiblit pas et à midi le gris a laissé place au bleu.
Vers 14 heures nous débutons une nouvelle battue avec l'autorisation de prélever un brocard. Stéphane étant seul pour traquer cette après-midi, Michel décide de l'accompagner avec nos 4 chiens. Il n'y a pas d'appel pour une recherche, cela va donc leur faire du bien de se dégourdir les pattes.
Vu la bande de bois assez étroite que nous allons explorer, Thibaud, qui traque souvent, peut cette fois se poster. Malheureusement, à peine libérés, les chiens quittent le bois pour entrer dans un maîs situé dans la réserve de chasse des voisins et il va nous falloir presque une demi-heure pour tous les récupérer. Nous décidons d'interrompre la battue car même si nous relâchons les chiens loin du maïs ils ne manqueront pas d'y revenir pour sortir les derniers sangliers restant à l'intérieur.
Quelques minutes plus tard, nous retrouvons le groupe et un Thibaud quelque peu dans le doute... Il nous dit : « je ne comprends pas, j'ai tiré un beau brocard à 30 mètres, de travers, il a fait demi-tour et est reparti sans réaction. Je ne trouve pas de poil ni de sang à l'anschuss, je pense que ma balle a été déviée par un baliveau, elle a peut être expansé, je pense l'avoir blessé ». Nous attendons une petite heure puis nous nous rendons sur place avec Volga (c'est son tour) pour contrôler le tir de notre jeune chasseur inquiet.
Forcément, vu le peu de délai depuis le tir, nous n'avons pas besoin de conduire la chienne à l'anschuss, elle s'en charge elle même : à son comportement, même sans indice au coup de feu, nous savons que le brocard est bien blessé. Effectivement, quelques mètres plus loin, une goutte de sang est visible sur une ronce. Tout va alors très vite, nous trouvons le brocard mort à environ 70 mètres de là.
Thibaud s'agenouille auprès de son animal dans un grand ouf de soulagement. Nous le laissons savourer ce moment tant son émotion est palpable. Son tir est parfait, au défaut de l'épaule, la balle est passée entre les côtes. Aucun os n'est touché, ce qui explique l'absence de réaction de l'animal.
Pour aller jusqu'au bout de son acte, Thibaud a tenu à ramener son chevreuil tout seul jusqu'à la voiture. Nous sommes très contents pour lui et en voilà un au moins qui a compris qu'il faut toujours coffrer !
Le week end précédent nous avons passé toute l'après midi à chercher un autre brocard tiré dans la tête par un jeune chasseur. Malheureusement, comme c'est souvent le cas, la balle a frappé la mâchoire inférieure, les chiens l'ont poursuivi, la recherche a été très difficile et nous n'avons pas récupéré cet animal... quel gâchis !
Alors bravo à Thibaud pour avoir tiré « proprement ».
Le lendemain, une recherche surprenante nous attend : ce dimanche à 20 heures, Jean-Claude téléphone : il vient de tirer un sanglier d'environ 70 kg au moment où il allait rentrer dans un maïs. Le chasseur a entendu l'impact de la balle lorsqu'elle a touché l'animal. Il a trouvé du sang. Rendez-vous est pris pour 8 heures le lundi matin.
C'est au tour de Falko de travailler. François va aussi nous accompagner : il a accepté de venir, nous serons plus à l'aise à deux fusils car les recherches dans les maïs n'ont rien d'agréables et augmentent les risques du fait du manque de visibilté.
Au point de rencontre, mieux que des explications, Jean-Claude nous tend une feuille décrivant dans le détail son tir de la veille. C'est la première fois qu'un compte rendu d'une telle qualité nous est donné, alors nous vous en faisons profiter aussi (en couleur rose nos indications sur le trajet du sanglier) :
Nous nous équipons car la pluie et le vent sont à nouveau de la partie.
Falko prend bien le trajet du sanglier mais au lieu de rentrer dans le maïs il oblique à droite. Nous le ramenons à l'anschuss car du sang est visible au bord du maïs et Jean-Claude a parfaitement vu le sanglier y rentrer. Le chien accepte et nous voilà progressant à l'intérieur où nous retrouvons du sang qui nous réconforte sur son travail. Au bout d'une cinquantaine de mètres, le chien est en défaut et repart en arrière. Au bout de quelques minutes, nous décidons de reprendre depuis le début. Dix minutes plus tard, en plein milieu du champ, nouveau constat d'échec. Falko vient vers nous se dresse et appuie ses pattes sur nos cuissards, nous sommes assez surpris : cette fois c'est sûr, il n'a plus rien pour travailler et semble chercher du réconfort. Ok, il est jeune, il manque d'expérience et c'est son premier maïs, taratata on va chercher Thaïs à la voiture. On tombe dans la facilité, comment aurions nous fait si nous n'avions qu'un seul chien pour travailler ?
Que fait la chienne une fois le travail démarré ? Evidemment, tout comme Falko tout à l'heure : elle part à droite au lieu de rentrer dans le maïs. On l'oblige donc, répétant la même erreur que précédemment, mais ça on ne peut le comprendre qu'après coup …
On l'oblige mais au bout de 100 mètres à l'intérieur du champ, que fait la chienne ?
Evidemment tout comme Falko tout à l'heure ! Elle nous regarde, elle n'a plus rien.
La seule différence c'est qu'elle nous conduit elle-même hors du maïs et nous ramène à l'anschuss. Nous laissons parler son expérience, si elle fait ça c'est qu'elle a une bonne raison.
Tranquillement elle se dirige vers un tas de fumier à une trentaine de mètres de là. Nous sommes chacun perdus un peu dans nos pensées, nous demandant comment on va pouvoir se sortir de cette situation et assurer le service pour lequel Jean-Claude nous a appelés. Nous sommes loin d'imaginer ce qui va se passer dans les secondes qui vont suivre.
Alors que nous avançons nonchalamment en direction de ce tas de fumier au milieu des prés, Michel remarque une bauge récente. Les orties sont couchées, pas de sang et Thaïs ne dit rien.
Par acquit de conscience, Michel monte sur le tas de fumier et là, presque sous ses pieds, apparaît la tête du sanglier, le reste du corps est caché sous les orties. Il se lève, Michel tire aussitôt suivi par François : les deux balles l'ont atteint.
Nous sommes interloqués, même Thaïs n'a pas eu le temps de réaliser. En réalité, elle n'était pas à bon vent, la pluie ainsi que l'odeur du fumier ont certainement joué un rôle aussi.
Nous supposons donc un contrepied parfait du sanglier à l'intérieur du maïs : la nuit une fois tombée il est ressorti pour aller se coucher au milieu de ce tas de fumier où il devait se sentir plus en sécurité (façon de parler!). Il ne devait certainement pas avoir la force de se rendre jusqu'au bois distant d'une bonne centaine de mètres et l'odeur du fumier devait masquer la sienne.
Les explications de Jean-Claude étaient justes : une de ses balles a traversé l'animal à peine au dessous du cœur occasionnant une lente hémorragie interne. C'est très exactement décrit par son dessin .
Encore une fois bravo, autant pour Thibaud que pour Jean-Claude : 2 tirs très précis et 2 analyses lucides de la situation.