Partager l'article ! Le miracle de Noël: Ceux qui nous connaissent ou suivent depuis longtemps nos aventures sur le blog doivent se souvenir de toutes les mésaventu ...
"Le fondement des
droits des animaux devrait être la règle d'or : nous devons les traiter comme nous aurions aimé l'être si une quelconque autre espèce avait joui de notre position
dominante."
Christine Stevens, fondatrice de l'Animal Welfare Institute
QUELQUES MOMENTS DE LA VIE DE 2 CONDUCTEURS PASSIONNES PAR LA RECHERCHE DU GIBIER
BLESSE...
Ceux qui nous connaissent ou suivent depuis longtemps nos aventures sur le blog doivent se souvenir de toutes les mésaventures qu'a vécues Athos, le chien de Sandrine, au cours des périodes de chasse : quasiment une journée entière en équilibre sur un tronc d'arbre au dessus d'une rivière en crue avant qu'on ne puisse le localiser et le récupérer, trois jours de cavale après avoir poursuivi une compagnie de sangliers (récupéré à 15 km du point de départ), combien de fois retrouvé sur la route plusieurs heures après la fin des battues... et j'en passe. Il aurait fallu l'équiper d'un collier émetteur si nous avions continué à chasser de façon régulière, mais comme nous le sortons de moins en moins en raison de l'augmentation des demandes de recherches d'animaux blessés nous en sommes restés au traditionnel collier fluo.
Pourtant en ce 24 décembre 2011, un collier de repérage aurait été très utile...
Plantons tout d'abord le décor : nous voilà le jour de l'année où tout le monde s'affaire aux préparatifs de Noël, dans quelques heures ce sera le grand soir des rencontres familiales par excellence avec les échanges de cadeaux et le traditionnel festin dont les dindes se passeraient bien !
Ce matin, en ce qui me concerne, je rejoins un groupe d'amis pour une matinée de chasse qui se veut sympathique, sans aucun objectif de tableau, juste pour sortir un peu. Malheureusement, à 8 h, nous ne sommes que trois au rendez-vous de cette petite ACCA du Territoire de Belfort limitrophe avec le département de la Haute-saône.
Le vent d'Ouest qui a soufflé très fort toute la nuit a certainement dissuadé les autres Nemrods restés bien au chaud dans leurs pénates en attendant de passer aux choses sérieuses plus tard dans la soirée. Il est vrai que le temps n'est pas engageant, il fait froid (2 ou 3°C maxi) dans une atmosphère très humide, mais heureusement la pluie a cessé au lever du jour.
Un quart d'heure après le rendez-vous, force est de constater qu'il ne faut plus espérer l'arrivée de renfort. Naturellement, les consignes sont alors vite données et les postes tout aussi vite distribués. Il ne nous reste plus qu'un chevreuil à tirer, quant aux sangliers, mis à part le respect des laies suitées, libre choix nous est donné quant au prélèvement.
Je vais donc traquer seul avec Athos. Sandrine me l'a laissé en garde pour passer les fêtes dans sa famille à 300 kilomètres de là.
A 8h30, je démarre en passant vers Pierrot resté "en retour" à la queue d'un étang. Dans ce secteur il y a de l'eau partout
et, en raison des fortes pluies qui se sont abattues depuis la veille, même les fossés débordent.
Athos ne met pas longtemps pour lever le premier chevreuil. Il est tiré et manqué, comme d'habitude (n'ayons pas peur des mots !), par Robert pourtant toujours posté là où il faut. Le chien poursuit sa menée chez les voisins, mais 5 mn plus tard, je perçois le son de sa voix, il nous ramène la bête.
Malgré un sprint d'une centaine de mètres, j'arrive trop tard, juste pour voir passer Athos, le chevreuil qui semble avoir beaucoup d'avance prend la décision de quitter le bois pour aller faire un large tour en plaine. Après une grande boucle à découvert, il revient en forêt presque à l'endroit où il a été levé. C'est là que le chien décide d'arrêter la poursuite qui a duré environ ¾ d'heure. Je le récupère, corne la fin de traque et rejoins le lieu de rendez-vous. Robert et Pierrot saluent le travail et la persistance du chien malgré les difficultés "aquatiques" qui se sont présentées à lui tels que ruisseaux, fossés gorgés d'eau et parcelles de bois inondées. J'en fais part à Sandrine qui ne cache pas sa fierté !
Nous décidons de traquer une autre partie de bois en limite de la Haute-Saône car de nombreuses détonations viennent de se faire entendre. Manifestement des bêtes noires sont sur pied et nous sommes sur leur parcours si elles décident de venir dans cette direction.
Dès les premiers mètres, je fais voler la deuxième bécasse de la matinée, Athos est déjà loin devant moi lorsqu'il lève deux chevreuils qui passent encore une fois vers Robert, cette fois il n'a pas tiré, car "ils allaient trop vite !". Oui, déjà que quand ils ne vont pas vite, c'est loupé, alors, dans ce cas là, c'est toujours une cartouche d'économisée...
Image d'archive
Je termine la traque seul car Athos est parti loin avec les animaux. A 11h, nous sommes tous les trois revenus aux voitures et bien que j'aie corné plusieurs fois, le chien ne revient toujours pas. Aucune inquiètude de ma part car il nous a habitués à des retours tardifs.
Trente minutes plus tard, je me renseigne auprès d'un promeneur, il a vu le chien en plaine, vers un étang, il partait en direction du village où j'habite en Haute-Saône. Je me rends immédiatement dans cette direction et je m'époumone à la pibole depuis un promontoire qui domine toute la vallée, je suis persuadé qu'il doit m'entendre ; bien sûr il m'entend, mais j'ignore qu'à cet instant il ne peut déjà plus ni bouger, ni aboyer. Alors j'imagine que le chien est hors de portée du son de ma cornette.
A 12h, toujours rien, je décide alors de rentrer chez moi des fois que le chien y soit déjà, en espérant qu'il ait pu passer entre les voitures, ce n'est pas la bonne heure et nous sommes à 5 mn du centre ville de Belfort, ça circule beaucoup.
Je dépose une couverture au lieu de rendez-vous du matin puis je quitte les lieux. C'est à ce moment là, me semble-t-il, que va se produire la première partie du miracle. En effet, j'ai la chance inouïe de croiser Evelyne qui part promener Tosca. Habituellement, elle sort sa chienne beaucoup plus tôt, mais aujourd'hui, une voix intérieure avait dû lui souffler d'attendre...
Un quart d'heure plus tard, je suis chez moi, Athos n'est pas là, je commence alors à prospecter en voiture toutes les routes et les chemins alentours en demandant des renseignements à tous les gens que je rencontre. Entre temps, je reçois deux appels pour des recherches sur des sangliers qui viennent d'être blessés. Mes correspondants sont compréhensifs, il vont contacter d'autres conducteurs de chien de sang car il est hors de question que je quitte les lieux avant d'avoir récupéré le chien.
A 13 h, alors que j'ai étendu ma recherche aux portes de Belfort, Evelyne m'appelle : "rejoins moi vite à la clinique vétérinaire, j'ai récupéré Athos mais il n'est pas bien". Merde, que s'est-il passé ? Elle ne m'en dit pas plus, je sens du trémolo dans sa voix. Je suppose qu'elle a trouvé le chien en rentrant chez elle, il devait être sur la couverture que j'ai laissée, il devait avoir froid tout simplement.
Je suis sur le parking du véto avant elle, l'attente ne dure que 5 mn mais elle me paraît une éternité. Enfin la voilà, je découvre alors le chien sur le siège arrière, il est enveloppé dans la parka qui a servi à le transporter, il est recroquevillé sur lui-même, sans aucune réaction, comme s'il avait les reins cassés. Collision ? Charge de sanglier ?
Le vétérinaire qui l'a pris en charge pose le chien au sol, il ne peut plus bouger les pattes, même sa tête ne tient pas droite. Le premier diagnostic est : "traumatisme crânien avec perte de connaissance". La panique m'envahit un peu car je ne comprends pas comment cela a pu arriver. En plus je pense à Sandrine car elle tient à Athos plus qu'à la prunelle de ses yeux.
Alors que le vétérinaire poursuit les examens, Evelyne m'explique avoir trouvé Athos assis immobile au milieu des prés. Voulant le mettre sur pattes, elle a donné une petite impulsion sur son collier et là, catastrophe, le train arrière a refusé de suivre et le chien s'est écroulé sur le côté. Elle a immédiatement redouté une atteinte aux organes internes ou à la colonne car aucun signe extérieur de blessure n'était visible. Alors elle l'a emmailloté dans sa polaire et a regagné la maison à 1,5 km de là. Athos s'est laissé porter comme un colis, poids inerte que seul un bruit de respiration rattachait à la vie.
Nous passons immédiatement en salle de radio, aucune fracture n'est décelée, presqu'en même temps les résultats de la prise de sang tombent, le chien est complètement déshydraté, son taux de glycémie est à 0,20 et il est en hypothermie. Cet état général l'a plongé dans le coma, il faut d'urgence le mettre sous perfusion.
Je pense que vous imaginez aisément la conversation téléphonique qui s'ensuit avec sa patronne... sans commentaire !
C'est la tête complètement ailleurs qu'Evelyne et moi quittons la clinique vétérinaire sans savoir si le chien pourra être sauvé. Elle m'avouera le lendemain qu'elle a dû s'arrêter en route pour déverser un flot de larmes. Quel drôle de Noël !
A 17 h, je contacte la clinique, Athos est encore trop faible, je ne peux pas venir le chercher, il faut attendre demain. Seul point positif, il ne tremble plus. J'arrive à persuader Sandrine de ne pas prendre la voiture pour rentrer, cela ne servirait à rien, nous ne pouvons qu'attendre, attendre et espérer que le Père Noël n'oublie pas Athos !
Je rappelle les personnes qui m'ont contacté pour les recherches, un des deux sangliers a été retrouvé, il était encore vivant avec une balle de ventre, fatale à plus ou moins long terme. Ce sera la seule bonne nouvelle de la journée.
Comme convenu, le lendemain à 10h, je reprends contact avec le vétérinaire, Athos va bien, je peux venir le chercher, OUF ! c'est enfin Noël !
Le miracle est accompli, il porte le doux nom d'Evelyne, car sans elle, Athos, déjà en hypothermie lorsqu'elle l'a trouvé, serait assurément mort dans les heures qui ont suivi.
En plus de 40 ans de permis, je n'avais jamais connu ou entendu parler d'un cas pareil. En fait, Athos a chassé toute la matinée en faisant de gros efforts, il est allé jusqu'au bout de lui même jusqu'à s'effondrer le long d'un petit fossé, là où par miracle Evelyne l'a découvert. A plusieurs reprises, je l'avais "corné" à moins de cent mètres, mais il ne pouvait plus bouger, ses forces l'avaient abandonné, le vent et le froid ont contribué à rapidement entraîner son coma. Ca devait être terrible pour lui car il devait m'entendre battre le rappel, il devait avoir envie de me rejoindre, mais il ne le pouvait pas.
Alors oui, c'est un miracle, d'abord qu' Evelyne n'ait sorti Tosca qu'à midi, au moment même où je passais devant chez elle, puis qu'elle ait découvert Athos, car cela équivalait en gros à chercher une aiguille dans une botte de foin. De mon côté, je n'ai jamais imaginé que le chien ait pu connaître ce genre de problème et avec les minutes qui défilaient je le cherchais de plus en plus loin car j'avais surtout peur qu'il ne se retrouve sur les grandes routes qui sillonnent le coin comme ça lui était déjà arrivé à plusieurs reprises.
Je ne vous raconte pas les retrouvailles avec Sandrine, mais je peux vous dire que les larmes ont coulé plus abondamment que le champagne dans les flûtes du soir du réveillon !
Nous ne remercierons jamais assez Evelyne, Athos lui s'en est chargé le lendemain avec moult léchouilles alors qu'il est d'habitude très réservé.
Photo prise au printemps dernier au cours d'une balade avec Evelyne : il paraît maintenant évident que c'est elle qui est chargée des miracles à Buc !
Il y a quelques jours, nous avions pris cette photo pour les cartes de voeux de l'UNUCR 90 ; sans nous le dire nous avons chacun de notre côté craint que ce soit la dernière fois qu'ils étaient réunis tous les quatre.
C'est un véritable miracle, mais un miracle dont nous nous serions bien passés !
Michel
Mes meilleurs voeux et à bientôt.
Joyeux Noël Athos et donnes du plaisir à ta maitresse pendant de longues années durant !!!